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Du vinaigre de cornichons (ou pickle juice) contre les crampes ?

Outre-Atlantique, c’est un peu la mode depuis quelques années. Les coachs conseillent à leurs athlètes de boire du pickle juice dès l’apparition d’une crampe. D’après eux, une petite quantité (5 à 7 cl) de ce jus acide suffirait à la faire disparaître en moins de 35 secondes.

Quant aux professionnels de santé, ils ont ajouté leur touche personnelle en proposant de diluer ce jus avec de l’eau pour éviter qu’il ne soit hypertonique et n’apporte un excès de sodium. Bref, chacun y allait de sa petite recette — pas très loin d’Astérix et de sa potion magique, et sans grand fondement scientifique dans tout ça.

Le jus de cornichons réduit-il vraiment les crampes musculaires à l’effort ?

En 2009, une première étude fait le point : des athlètes bien hydratés et au repos ingèrent 1 ml/kg de poids corporel d’eau, d’une boisson glucidique ou de jus de cornichon. Résultat : aucune modification mesurable du volume plasmatique ni de la concentration en sodium. En si faible quantité, le vinaigre de cornichons ne semble donc pas agir par voie électrolytique.

C’est l’étude de 2010 du groupe de Kevin C. Miller qui change la donne. En provoquant électriquement des crampes chez des sujets légèrement déshydratés, les chercheurs constatent que le jus de cornichons réduit la durée des crampes d’environ 37 % par rapport à l’eau, et que cet effet s’installe en moins de 60 secondes — bien trop vite pour être expliqué par une absorption intestinale d’électrolytes.

Pourquoi le vinaigre de cornichons agit-il aussi vite sur les crampes ?

La rapidité de l’effet — moins d’une minute — est la clé du mystère. L’acide acétique contenu dans le vinaigre stimulerait des récepteurs sensoriels situés dans la région oropharyngée, notamment des canaux TRP (Transient Receptor Potential), déclenchant un réflexe nerveux qui inhibe la suractivité des motoneurones alpha responsables de la contraction musculaire incontrôlée. Ce mécanisme est essentiellement neurologique, et non électrolytique.

Il est d’ailleurs inutile d’avaler le jus : rincer la bouche produit un effet comparable, ce qui confirme que l’action passe par la stimulation de récepteurs buccaux et pharyngés, et non par un rééquilibrage ionique.

Ce que la revue de littérature de 2022 dit sur le pickle juice et les crampes

Dans une revue publiée en 2022 dans le Journal of Athletic Training, Miller et collaborateurs confirment que les crampes musculaires associées à l’exercice sont aujourd’hui mieux expliquées par la fatigue neuromusculaire que par la déshydratation ou les pertes électrolytiques. Le jus de cornichons y figure parmi les stratégies de soulagement ayant un niveau de preuve préliminaire, mais les auteurs rappellent que la plupart des études portent sur des crampes induites par stimulation électrique — et non sur des crampes survenant spontanément à l’effort. Cette nuance limite la portée des conclusions pour le sportif sur le terrain.

Faut-il boire du jus de cornichons pendant l’entraînement ou la compétition ?

Sur le plan pratique, quelques points méritent attention. Les études reposent sur de petits effectifs avec des crampes induites artificiellement, pas des crampes réelles à l’effort. La teneur en sodium du jus de cornichons est élevée — environ 900 mg pour 100 ml — ce qui peut représenter une charge osmotique significative en grande quantité. Et l’histoire ne dit toujours pas ce qu’il en est des crampes gastro-intestinales chez les consommateurs réguliers.

Le verdict reste donc nuancé : l’effet existe vraisemblablement, son mécanisme est neurologique, mais son efficacité dans les conditions réelles de compétition demande à être confirmée par des études de terrain robustes.

Références scientifiques

Miller KC, Mack G, Knight KL. Electrolyte and plasma changes after ingestion of pickle juice, water, and a common carbohydrate-electrolyte solution. J Athl Train. 2009;44(5):454–461. PMID : 19771282

Miller KC, Mack GW, Knight KL, Hopkins JT, Draper DO, Fields PJ, Hunter I. Reflex inhibition of electrically induced muscle cramps in hypohydrated humans. Med Sci Sports Exerc. 2010;42(5):953–961. PMID : 19997012

Miller KC. Electrolyte and plasma responses after pickle juice, mustard, and deionized water ingestion in dehydrated humans. J Athl Train. 2014;49(3):360–367. PMID : 24955622

McKenney MA, Miller KC, Deal JE, Garden-Robinson JA, Rhee YS. Plasma and electrolyte changes in exercising humans after ingestion of multiple boluses of pickle juice. J Athl Train. 2015;50(2):141–146. PMID : 25562454

Miller KC, McDermott BP, Yeargin SW, Fiol A, Schwellnus MP. An evidence-based review of the pathophysiology, treatment, and prevention of exercise-associated muscle cramps. J Athl Train. 2022;57(1):5–15. PMID : 34185846

Isabelle Mischler

Docteur ès-sciences en nutrition, spécialisée en nutrition du sportif, j'interviens auprès des sportifs de tout niveau afin de les aider à intégrer la nutrition comme facteur de performance. Je suis également consultante et formatrice (Formatrice référencée PNNS) auprès des entreprises, des seniors et des professionnels du sport et de la santé.

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