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Nutrition par SportTrail et Ultra-trail

Nutrition pour le trail et l’ultra-trail : le guide complet 2026

Le trail et l’ultra-trail imposent des contraintes physiologiques et nutritionnelles sans commune mesure avec celles du marathon ou de la piste. Durée extrême, dénivelé, conditions climatiques variables, nuits sans sommeil pour les longues distances : la nutrition n’est pas un détail, c’est souvent le facteur limitant entre terminer et abandonner. Ce guide synthétise les recommandations fondées sur les données scientifiques les plus récentes.

Pourquoi le trail impose une stratégie nutritionnelle spécifique

Le trail se distingue du running sur route par plusieurs facteurs qui modifient profondément les besoins nutritionnels : durée prolongée (de 2 heures pour un trail court à plus de 40 heures pour un 100 miles), intensité variable selon le profil, et dépense énergétique extrême. Selon PubMed, une étude utilisant l’eau doublement marquée (Best et al., 2023 ; International Journal of Sport Nutrition and Exercise Metabolism ; PMID : 37709278) montre que le niveau d’activité physique pendant des ultramarathons continus de plusieurs jours peut dépasser quatre à six fois le métabolisme basal. Entre 65 et 82 % des traileurs rapportent des symptômes gastro-intestinaux pendant les épreuves, selon la revue systématique d’Arribalzaga et al. (2021 ; International Journal of Environmental Research and Public Health ; PMID : 34071815).

Apports en glucides sur un trail : recommandations par durée d’épreuve

Les glucides sont le substrat énergétique prioritaire de l’effort intense. Une revue publiée dans le Turkish Journal of Sports Medicine (Aktitiz et al., 2024) synthétise les recommandations actuelles :

  • En préparation (hors course) : 5 à 8 g de glucides / kg / jour
  • Épreuves autour de 80 km : 30 à 50 g de glucides par heure, soit 150 à 300 kcal par heure
  • Épreuves de plus de 100 km : 200 à 400 kcal par heure, avec une flexibilité croissante vers les aliments solides et les lipides à mesure que la durée augmente

Pour des conseils détaillés sur les besoins en glucides du sportif, notre article de référence développe les mécanismes et les recommandations générales.

Pourquoi les glucides sont décisifs dans la première moitié d’un ultra-trail

Selon PubMed, une étude observationnelle sur un 100 miles (169 km, 10 500 m de dénivelé) publiée dans Scientific Reports (Inamura et al., 2024 ; PMID : 38212465) montre que les finishers les plus rapides consomment significativement plus de glucides dans la première moitié de course. Les fluctuations de glycémie dans les segments de course sont négativement corrélées avec la vitesse (rho = −0,612 ; p = 0,012). Partir en hypoglycémie dans les premières heures compromet la performance sur l’ensemble de l’épreuve.

120 g de glucides par heure en trail : la dose qui améliore la performance

Selon PubMed, une étude randomisée contrôlée sur un marathon de montagne (Urdampilleta et al., 2020 ; Nutrients ; PMID : 32679728) compare trois niveaux d’apport chez 26 trail-runners élite : 60, 90 et 120 g par heure. Le groupe à 120 g / h présente une fatigue neuromusculaire significativement inférieure, une meilleure récupération de la capacité à l’effort intense à 24 heures post-course, et une charge interne d’effort plus basse. Atteindre 90 à 120 g / h impose d’utiliser des mélanges glucose + fructose (ratio 2 : 1) qui exploitent deux transporteurs intestinaux distincts (SGLT1 et GLUT5).

Hydratation en trail : volumes recommandés selon la durée et les conditions

Les recommandations actuelles préconisent de consommer 450 à 750 ml par heure, soit 150 à 250 ml toutes les 20 minutes. Ces valeurs doivent être adaptées à la température, à l’humidité et au profil de sudation individuel. Ne pas attendre la sensation de soif : à ce stade, la déshydratation est déjà installée. Notre article sur la pratique sportive en cas de chaleur et de déshydratation détaille les stratégies d’adaptation.

Sodium en trail et ultra-trail : un électrolyte trop souvent négligé

Les pertes sodées par la sueur peuvent atteindre 1 à 2 g par heure dans les conditions chaudes. Les recommandations pour l’ultra-trail sont de 500 à 700 mg de sodium par litre de boisson. Le sodium prévient l’hyponatriémie d’effort (baisse dangereuse du sodium sanguin) et maintient la sensation de soif. Notre article sur le sel et sport : compenser les pertes en sodium donne des repères précis selon le sport et les conditions climatiques. Pour les épreuves longues, une boisson isotonique pour le sport reste la solution la plus pratique pour couvrir simultanément les besoins en liquides, en glucides et en électrolytes.

Apports en protéines pendant un ultra-trail : à partir de quand sont-ils utiles ?

L’ultra-trail induit une dégradation musculaire importante liée aux contractions excentriques des descentes et à la durée extrême de l’effort. Les recommandations (Aktitiz et al., 2024) sont de 1,65 à 2,1 g / kg / jour en préparation et de 5 à 10 g par heure pendant la course pour les épreuves dépassant 8 à 10 heures. Ces apports en protéines limitent la dégradation des acides aminés à des fins énergétiques et contribuent à la sensation de satiété lors des longues nuits en montagne. Notre article sur les glucides, lipides et protéines du sportif détaille la répartition optimale des macronutriments.

Causes des troubles digestifs en trail : facteurs physiologiques et nutritionnels

Les troubles gastro-intestinaux représentent la première cause d’abandon en ultra-trail. Leurs causes sont multifactorielles :

  • Réduction du flux sanguin splanchnique à l’effort (le sang est redirigé vers les muscles)
  • Microtraumatismes intestinaux liés aux chocs répétés de la course
  • Osmolarité élevée des boissons et gels énergétiques
  • Stress thermique et déshydratation
  • Accumulation de glucides à haute dose sans adaptation préalable de l’intestin

Entraînement intestinal : comment tolérer 90 g de glucides par heure en trail

La revue systématique d’Arribalzaga et al. (2021 ; PMID : 34071815) insiste sur un point clé : atteindre 90 à 120 g / h nécessite une adaptation progressive de l’intestin pendant la préparation. Cette approche — consommer des apports élevés en glucides régulièrement à l’entraînement — augmente la densité des transporteurs intestinaux et améliore la tolérance digestive. Consultez notre guide sur la façon de prévenir les troubles digestifs lors d’un trail et les stratégies pour limiter les troubles digestifs en trail par la nutrition.

Écœurement pour le sucré en ultra-trail : comment l’éviter

Après plusieurs heures de gels et de boissons énergétiques, de nombreux coureurs développent une aversion pour les saveurs sucrées, ce qui compromet directement leur apport en glucides. La solution est de diversifier : alterner les textures (solide / liquide), les saveurs (sucré / salé) et les sources de glucides (dattes, bananes, pommes de terre, riz au poulet aux ravitaillements). Notre article sur la façon d’éviter l’écœurement sucré en trail propose des stratégies concrètes.

La caféine en trail : quand et comment l’utiliser

La caféine est l’un des rares ergogènes dont l’efficacité en endurance est unanimement reconnue. En ultra-trail, elle présente un intérêt particulier pour lutter contre la somnolence lors des épreuves nocturnes. Les recommandations actuelles (Aktitiz et al., 2024) : 3 à 6 mg / kg avant la course ou 1 à 2 mg / kg pendant la course, de préférence dans les phases critiques (nuit, dernière montée). Notre article sur la caféine et la performance en endurance fait le point sur les données de l’EFSA.

Alimentation la veille d’un trail : maximiser les stocks de glycogène

L’objectif est de maximiser les stocks de glycogène musculaire et hépatique sans surcharger le tube digestif : repas riche en glucides complexes (pâtes, riz, pommes de terre), pauvre en fibres, modéré en protéines et en graisses. Notre article sur le repas de la veille de compétition sportive détaille les menus adaptés selon l’heure de départ.
En pratique, certains aliments sont à limiter dans les deux derniers jours pour prévenir les troubles digestifs : les légumineuses (riches en fibres fermentescibles), les choux, les poivrons et les crudités. La veille, préférez les fruits et légumes cuits plutôt que crus.
Pour les coureurs aux intestins sensibles, un régime pauvre en résidus les 24 à 48 heures précédentes peut être envisagé. Lors de la pasta party, ne majorez pas les quantités : la surcharge digestive nuit au sommeil sans augmenter les réserves de glycogène.

Repas pré-trail le matin du départ : quoi manger et quand

Un repas pris 2 à 3 heures avant le départ, à base de glucides facilement digestibles (pain, flocons d’avoine, banane, riz). Évitez les aliments riches en fibres, en graisses ou en protéines dans les deux heures précédant le départ. Une prise de 200 à 300 ml de boisson glucidique dans les 30 minutes avant le départ permet de démarrer avec des stocks de glycogène optimisés.

Récupération nutritionnelle après un trail : les priorités des 60 premières minutes

Les priorités immédiates dans la fenêtre des 30 à 60 minutes : des glucides pour resynthétiser le glycogène, des protéines pour initier la reconstruction musculaire, et une réhydratation sodée. Notre article sur la récupération nutritionnelle après l’effort détaille les quantités et le timing optimaux.

Recettes énergétiques pour le trail : alternatives maison aux gels industriels

Notre recette de cake pops énergétiques pour le trail propose une alternative maison aux gels industriels, souvent mieux tolérée digestivement par certains coureurs. Découvrez également notre recette de boisson énergétique pour le sport, facilement adaptable aux besoins du trail.

Récapitulatif : nutrition trail et ultra-trail selon la distance

Distance Glucides / h Liquides / h Sodium / h Protéines / h
Trail court (< 25 km) 30–60 g 400–600 ml 300–500 mg Non nécessaire
Trail moyen (25–60 km) 60–90 g 500–700 ml 400–600 mg 5 g
Ultra-trail (60–100 km) 60–90 g * 450–750 ml 500–700 mg 5–10 g
Très longue distance (> 100 km) 30–60 g * 450–750 ml 500–700 mg 10 g

* La tolérance digestive peut contraindre les apports à la baisse lors des très longues distances. L’entraînement intestinal préalable est déterminant.

Bibliographie

Inamura N. et al. A comparative observational study of carbohydrate intake and continuous blood glucose levels in relation to performance in ultramarathon. Scientific Reports, 2024. PMID : 38212465

Urdampilleta A. et al. Effects of 120 vs. 60 and 90 g / h Carbohydrate Intake during a Trail Marathon on Neuromuscular Function and High Intensity Run Capacity Recovery. Nutrients, 2020. PMID : 32679728

Arribalzaga S. et al. Relationship of Carbohydrate Intake during a Single-Stage One-Day Ultra-Trail Race with Fatigue Outcomes and Gastrointestinal Problems: A Systematic Review. International Journal of Environmental Research and Public Health, 2021. PMID : 34071815

Aktitiz S. et al. Nutritional strategies for single and multi-stage ultra-marathon training and racing: from theory to practice. Turkish Journal of Sports Medicine, 2024.

Best A.W. et al. Total Energy Expenditure and Nutritional Intake in Continuous Multiday Ultramarathon Events. International Journal of Sport Nutrition and Exercise Metabolism, 2023. PMID : 37709278

Isabelle Mischler

Docteur ès-sciences en nutrition, spécialisée en nutrition du sportif, j'interviens auprès des sportifs de tout niveau afin de les aider à intégrer la nutrition comme facteur de performance. Je suis également consultante et formatrice (Formatrice référencée PNNS) auprès des entreprises, des seniors et des professionnels du sport et de la santé.

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