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Ribose et impact sur la performance sportive

Depuis quelques années, le milieu sportif porte un grand intérêt au ribose, un sucre vendu comme complément alimentaire censé améliorer la performance physique. Les origines de cet engouement ? Dans les années 1980–1990, des chercheurs ont montré qu’une supplémentation en ribose pouvait améliorer la qualité de vie et la tolérance à l’effort de patients atteints de maladies cardiaques chroniques. Depuis, ces résultats ont été extrapolés aux sportifs sains, et l’industrie du complément le commercialise comme un ergogène capable d’augmenter la performance ou comme antioxydant naturel. Mais ces allégations sont-elles scientifiquement fondées ?

Qu’est-ce que le ribose et comment l’organisme le métabolise-t-il ?

Le ribose est un pentose (sucre à cinq carbones) qui existe sous deux formes : le L-ribose et le D-ribose. Seul le D-ribose présente des propriétés biologiques. C’est cet isomère, généralement issu du sirop de maïs, qui est commercialisé sous forme de poudre ou de gélules. Le ribose est également présent en faible quantité dans l’alimentation et peut être synthétisé par l’organisme à partir du glucose via la voie des pentoses phosphate.

Après ingestion, il est absorbé par l’intestin grêle, puis soit converti en glucose, soit incorporé dans des molécules biologiques majeures : l’ARN, l’ADN et l’ATP.

Ribose et ATP : quel lien avec la production d’énergie musculaire ?

Le ribose entre dans la composition de l’ATP, la molécule qui fournit l’énergie nécessaire à la contraction musculaire. L’idée qui sous-tend la supplémentation est la suivante : lors d’exercices intenses et répétés, le pool cellulaire de nucléotides à adénosine (ATP, ADP, AMP) s’épuise. De nouvelles molécules d’ATP doivent alors être synthétisées à partir de ribose et d’adénine, processus qui peut prendre jusqu’à 72 heures en conditions normales.

Hellsten et al. (2004) ont montré qu’une supplémentation en ribose accélérait la resynthèse du pool d’ATP après un exercice intense. Mais la question qui compte pour le sportif est différente : cette accélération se traduit-elle par une amélioration concrète des performances ?

Le ribose améliore-t-il vraiment les performances sportives ?

La réponse des études disponibles est, dans l’ensemble, négative pour le sportif sain. La majorité des travaux portant sur des exercices anaérobies (sprints sur ergocycle, extensions du genou, exercices de musculation) n’ont pas mis en évidence d’effet ergogène significatif de la supplémentation en ribose, quelles que soient les doses utilisées, la durée du protocole ou le type de placebo employé.

Un seul travail — Van Gammeren et al. (2002) sur des bodybuilders — a observé un effet positif sur la force et le travail total développés. Ces résultats sont toutefois à nuancer : l’étude n’a pas été conduite en double aveugle et les deux groupes comparés présentaient des caractéristiques hétérogènes.

Par ailleurs, Dunne et al. (2006), dans la seule étude portant sur un sport d’endurance (rameur), ont observé une performance moins bonne dans le groupe ribose par rapport au groupe placebo.

Faut-il se supplémenter en ribose quand on fait du sport ?

D’après les données disponibles, les sportifs sains n’ont pas d’intérêt démontré à se supplémenter en ribose pour améliorer leurs performances. En dehors de contextes pathologiques spécifiques (déficit en myoadénylate désaminase, insuffisance coronarienne), le ribose n’apporte pas d’avantage mesurable par rapport à un placebo.

À cela s’ajoutent des effets indésirables rapportés en cas de consommation excessive : diarrhées, nausées, et hypoglycémie chez les sujets diabétiques. Le rapport bénéfice/risque est donc défavorable pour la grande majorité des sportifs.

Il convient de souligner que le nombre d’études disponibles reste faible au regard de l’enthousiasme commercial suscité par cette molécule. Des protocoles mieux contrôlés, portant sur des populations plus représentatives des sportifs d’endurance, seraient nécessaires avant de tirer des conclusions définitives.

Références scientifiques

Berardi JM, Ziegenfuss TN. Effects of ribose supplementation on repeated sprint performance in men. J Strength Cond Res. 2003;17(1):47–52. PMID : 12580655

Dhanoa TS, Housner JA. Ribose: more than a simple sugar? Curr Sports Med Rep. 2007;6(4):254–257. PMID : 17618031

Dunne L, Worley S, Macknin M. Ribose versus dextrose supplementation, association with rowing performance: a double-blind study. Clin J Sport Med. 2006;16(1):68–71. PMID : 16377979

Hellsten Y, Skadhauge L, Bangsbo J. Effect of ribose supplementation on resynthesis of adenine nucleotides after intense intermittent training in humans. Am J Physiol Regul Integr Comp Physiol. 2004;286(1):R182–R188. PMID : 14500270

Kerksick C, Rasmussen C, Bowden R, et al. Effects of ribose supplementation prior to and during intense exercise on anaerobic capacity and metabolic markers. Int J Sport Nutr Exerc Metab. 2005;15(6):653–664. PMID : 16286674

Kreider RB, Melton C, Greenwood M, et al. Effects of oral D-ribose supplementation on anaerobic capacity and selected metabolic markers in healthy males. Int J Sport Nutr Exerc Metab. 2003;13(1):76–86. PMID : 12660407

Op’t Eijnde B, Van Leemputte M, Brouns F, et al. No effects of oral ribose supplementation on repeated maximal exercise and de novo ATP resynthesis. J Appl Physiol. 2001;91(5):2275–2281. PMID : 11641375

Peveler WW, Bishop PA, Whitehorn EJ. Effects of ribose as an ergogenic aid. J Strength Cond Res. 2006;20(3):519–522. PMID : 16937963

Van Gammeren D, Falk D, Antonio J. The effects of four weeks of ribose supplementation on body composition and exercise performance in healthy, young, male recreational bodybuilders. Curr Ther Res. 2002;63(8):486–495.

Isabelle Mischler

Docteur ès-sciences en nutrition, spécialisée en nutrition du sportif, j'interviens auprès des sportifs de tout niveau afin de les aider à intégrer la nutrition comme facteur de performance. Je suis également consultante et formatrice (Formatrice référencée PNNS) auprès des entreprises, des seniors et des professionnels du sport et de la santé.

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